Last Kiss – L. Paige

Hello hello ! A la suite de mon article plutôt incendiaire sur le tome 1 de cette duologie, j’ai pris quelques heure de réflexion et j’ai décidé de lire le tome 2. J’étais frustrée par la fin. Après avoir discuté avec plusieurs personnes, qui m’ont raconté quelques petites choses sur ce fameux second volet, j’ai voulu voir ça par moi-même.

Si je suis du genre à abandonner facilement une lecture qui ne me plait pas, je suis aussi très curieuse. J’ai réussi à venir à bout du premier tome, alors je me suis dit que j’allais pouvoir vaincre le second également. Je refuse tout ce qui est proposé dans cette duologie. Je déteste ce qui est écrit, ce qui est présenté. Pire encore, j’imagine clairement le désastre que cela pourrait donner si des personnes sensibles ou trop jeunes tombaient dessus. Des âmes innocentes, qui ne s’attendaient pas à ce genre d’histoire. Car le résumé masque très clairement les problèmes qu’on va rencontrer ici.  Je me le suis donc procurée en ebook et il est temps de faire un récapitulatif.

Voici les principaux TW que l’on retrouve dans l’histoire : viol, violence conjugale, violence physique, violence psychologique, séquestration, drogue, mutilation, addiction,  suicide, mort, BDSM … il en faut d’autre ? Je pense sincèrement que cette duologie recoupe absolument tous les sujets les plus sensibles. Le pire, c’est qu’on peut obtenir quelque chose de bien avec tout ça. On peut faire passer des messages importants, on peut montrer que RIEN n’est acceptable, que non c’est non. On peut passer des heures sur la psychologie d’un personnage en reconstruction, sur celle d’un personnage en repentir. On peut donner un rôle à la justice, montrer qu’elle peut aider, expliquer qu’il est important de parler. En fait, on peut faire vraiment beaucoup de choses positives comme j’ai pu le voir dans certains livres qui traitaient de ces sujets-là. C’est la première fois qu’une dark romance m’horripile autant. Déjà, parce que je ne m’attendais pas du tout à ce que ce livre en soit une. Ce n’est écrit nulle part. Rien ne prépare le lecteur à suivre une histoire pareille. Cet article va d’ailleurs s’attarder sur plusieurs de ces points, en expliquant pourquoi je trouve que les sujets sont mal amenés et pourquoi les messages de cette duologie sont néfastes. Cela peut donc heurter certains lecteurs et je préfère vous le dire ici. 

Pour en venir à ce tome 2, la première moitié était moins pire que le premier volet. Une seule scène de sexe, que je n’ai pas lu pour épargner mes yeux de cette vulgarité qui n’a rien de sensuel. Pourquoi ne pas écrire des scènes délicates ? Il y a tant de mots pour décrire les choses, que même une partie de fesses hyper trash peut devenir quelque chose de cool à lire quand on sait le faire. Ici, c’est raté, et je pense que ce n’est pas uniquement la faute de la traduction. Bref, du coup, l’intrigue était plus concentrée ici sur la raison qui m’avait poussé à lire le tome 1. Tome 1 qui terminait avec le retour de la fille disparue (ouais sorry, je spoile, mais je sais que vous ne voudrez pas lire ça mdr). Cette moitié se concentre donc sur l’idée de soigner Amber, de comprendre ce qui lui est arrivé. Reeve est presque en retrait dans l’histoire et c’est davantage sur la relation Emily-Amber que ça tourne.

Alors bien sûr, je dis que c’est moins pire, mais c’est quand même joliment moche : la relation entre les deux filles est malsaine et surtout, incroyablement toxique. Emily semble s’en rendre compte, c’est plus ou moins explicite dans le texte. Elle dit bien vouloir se séparer de Amber, mais qu’elle n’y arrive pas vraiment. D’ailleurs, elle ne fait pas vraiment d’effort pour ça. Jusque là, on ne sait pas vraiment exactement la nature de leur relation. Elles ont partagé des hommes, elles ont eu des rapports sexuels ensembles, avec ces hommes-là, elles ont vécu ensemble pendant des années … Y a t-il de véritables sentiments derrière tout ça ? Est-ce que ça reste une simple amitié ? Dans la première moitié, on ne sait pas trop.

Commence d’ailleurs la chasse à Reeve. Amber de retour, c’est la guéguerre pour savoir qui finira avec lui. Reeve a beau montrer qu’il souhaite continuer sa relation avec Emily, cette dernière devient pimbêche et tente de s’effacer pour que Amber se remette avec lui. C’est infiniment tordu. On a donc droit à pas mal de scènes idiotes où Reeve et Emily se disputent. Elle va au-devant des ennuis en n’écoutant pas ses conseils (conseils qui sonnent comme des ordres, mais pour une femme de 29 ans, Emily joue un peu l’adolescente en crise). Elle veut prouver qu’elle est indépendante et plus forte mais elle s’y prend comme un manche. Elle n’a peut-être pas toutes les cartes en main, mais elle est restée quand Reeve a commencé à se comporter comme un bougre, alors pourquoi partir quand il fait attention à sa sécurité ? Bref, beaucoup d’incohérences à mes yeux dans l’histoire.

Les deux filles ont subi d’importants traumatismes, qu’ils soient physiques ou moraux. Bien évidemment, tout le monde ne réagit pas de la même façon. Certains s’en tirent mieux que d’autres. Certains prennent les devants et arrivent à passer au-dessus, à s’élever vers une certaine positivité. D’autres ont besoin de longues années, de toute une vie. C’est propre à chacun et personne ne peut juger une victime. Parce que c’est sa douleur, son vécu. Personne n’a à dire quoi que ce soit là-dessus. Mais là … Très franchement ce n’est pas crédible. Elles en parlent comme d’une anecdote stupide de colonie de vacances, en mode « Z était tombé dans la piscine tout habillé avec sa pizza« . Non mais vraiment. Le pire, c’est qu’elles n’apprennent pas « de leurs erreurs » (ce n’est pas vraiment le terme, mais je ne trouve pas comment l’expliquer). Parce qu’elles les cumulent, je dois dire. Elles savent ce qui est dangereux et elles s’aventurent là-dedans à chaque fois. Elles continuent le même cycle de vie, à savoir se mettre dans la poche d’un homme qui va les entretenir en se servant d’elles comme des jouets sexuels. Elles flirtent avec l’illégalité, elles se mettent délibérément en danger. Alors bon, tout ce qui leur arrive n’est PAS leur faute, parce qu’elles restent des victimes. Mais quand même, la façon dont c’est tourné ici, c’est quand même sacrément bizarre. Il y a une culpabilisation des victimes évidente. L’auteure montre implicitement que tout ça, c’est leur faute. La preuve étant avec la façon dont je vous ai présenté les choses dans les lignes ci-dessus.

Outre ce point qui me dérange très fortement, l’auteure veut montrer une sexualité libérée de la femme … mais c’est un fail. Plusieurs fois, Emily explique qu’elle ne sait pas dire non quand il s’agit de sexe, mais qu’elle aime quand c’est imposé, quand c’est brusque. C’est assez contradictoire. Ce n’est pas une liberté sexuelle si ce n’est pas consenti explicitement. Plusieurs fois, elle semble hésiter à passer à l’acte mais, puisque ça lui rapporte de l’argent, des cadeaux, elle se tait et accepte. Plusieurs fois aussi, avec Reeve, elle n’a pas envie, mais finit par « se sentir excitée ». Genre, on est où là ? Il n’y a aucun problème ? On fait passer le viol sous silence et pire, on explique qu’on peut se sentir excité sous la contrainte, qu’il faut donc dire oui ? Vraiment, je ne tolère pas. Ça me débecte qu’on puisse publier ce genre de livres, avec ce genre de messages si nocifs.

Reeve d’ailleurs, parlons-en. Lui qu’on fait passer comme un petit héros n’est pas en reste. C’est un pervers manipulateur. Il aboie des ordres toute la journée. Il violente physiquement les personnages en les retenant de force, en leur tirant les cheveux. Il veut qu’on lui obéisse et refuse qu’on lui dise non. Et quand monsieur veut du sexe, il faut le faire. Après quoi, on le fait passer pour un agneau parce que « sa voix est soudainement douce et parce que son regard est réellement inquiet ». Allo ? Là non plus, pas de problème ? Alors donc on accepte tout, c’est ça ? C’est répugnant. Un gars qui agit ainsi n’est pas quelqu’un de bien. C’est dangereux, c’est nocif et ce n’est pas normal. On ne pardonne pas de tels actes. Si, pour des jeux sexuels consentis, pour du BDMS explicite et réfléchi, avec accord des deux parties, il se passe des rôles de domination ou des trucs similaires, why not. Mais là … là c’est tout sauf ça.

Parlons également de la mort. Un proche de Emily va trouver la mort au cours du bouquin. Et les autres nous sortent « s’il n’avait pas ouvert sa grande gueule ». Alors donc on se fiche que quelqu’un meurt ? Même là, on culpabilise une victime qui ne peut réellement plus se défendre ? Encore une fois, le deuil peut être perçu et vécu de bien des façons. Mais ici, c’est à peine si quelqu’un se sent touché. Comme si l’amitié entre Emily et ce garçon ne valait rien. Sérieusement, c’est quand même bien problématique. Car on le voit comme un dommage colatéral, comme une statistique qui va permettre à d’autres personnages d’aller de l’avant dans leur enquête. C’est assez triste, alors qu’il y avait moyen de mettre un peu d’humanité dans cette histoire. Et le pire, c’est quand même cette phrase : « s’il est capable de tuer pour toi, alors c’est bien avec lui que tu seras le plus en sécurité. » Hm … pas vraiment hein. Je dirai même le contraire.

Arrêtons-nous un petit moment sur la place de la mafia dans cette duologie. Si elle est discrète dans le premier tome, elle est plus présente ici. Pas dans la première moitié, mais surtout dans la seconde, où Reeve livre des explications sur sa famille et sur leur mode de vie. J’ai lu beaucoup d’histoires de gangs et de mafia, mais je ne connais rien à la réalité de la chose. Et honnêtement, je ne veux pas le savoir mdrrr. J’ai trouvé que les explications collaient un peu à ce que je peux voir partout. Ça colle avec le caractère de Reeve, avec son mode de vie, avec ses relations avec sa famille, avec son certain degré d’autorité et d’insensibilité. Mais, on lui donne une nouvelle fois une sorte d’excuse pour son comportement, puisqu’il n’est pas un membre de la mafia lui-même. En tout cas, il ne l’est plus. Et même si un entraînement à la vie de mafieux, si je puis dire, doit sincèrement marquer, je ne pense pas qu’on puisse l’utiliser comme excuse pour valider les excès dans ce qu’il fait et ce qu’il dit. Du coup, je suis assez mitigée sur cette partie-là.

Finissons avec l’enquête et Amber. Dans la seconde partie de ce tome, c’est elle qui au centre de l’histoire. On en apprend beaucoup sur son compte et sur ce qu’elle a fait. Et pour une fois, on a un semblant de réflexion. On nous dit bien noir sur blanc que c’était une manipulatrice et qu’elle a inventé beaucoup de choses dans le but que ça lui serve à elle. Emily arrive à se libérer de tout ça, et la conclusion part dans le positif, en quelque sorte. On a donc la fin de l’intrigue pour laquelle j’avais voulu lire le livre. Et elle est très … malsaine. Il y avait pourtant un certain potentiel dans toute cette histoire. L’idée de base n’était pas mauvaise. Mais la gêne reste présente dès le départ. Je ressens un certain malaise vis à vis de cette duologie. 

Même si on nous dit à la fin de Amber était une manipulatrice, c’est tranché. C’est noir ou blanc et il n’y a pas de nuance. Je suis un peu mitigée, mais j’ai l’impression que le personnage est chargé niveau histoire (viol pédophile, drogue etc..) et qu’on ne prend pas en compte ce passif. On ne parle pas non plus d’un possible déséquilibre dans sa vie, ni même de soins médicaux et psychiatriques qui auraient été nécessaires. Il y a beaucoup de choses qui sont laissées de côté alors qu’elles auraient pu donner un ensemble relativement satisfaisant. Au final, je ne suis pas certaine que l’auteure cherche à raconter quelque chose. Elle a juste pris le pire pour en faire un mélange, et pouf. Il n’y a pas de morale, il n’y a rien de positif là-dedans. C’est incroyablement malaisant. C’est gênant et honteux, alors je n’imagine pas l’effet que cela peut produire sur quelqu’un qui a vécu des choses difficiles, s’il tombait là-dessus.

Encore une fois, je ne comprends pas qu’on puisse publier une telle chose. Il y a énormément d’histoires dans le genre sur Wattpad et elles ont vraiment beaucoup de succès, donc j’imagine que c’est ce que les gens aiment lire. Pourtant, j’ai pu parler avec plusieurs lecteurs sur Instagram ou Twitter, et tous ce sont montrés indignés face à plusieurs passages du livre. L’âge moyen sur wattpad est relativement jeune. 15-16 ans ? N’ont-ils donc pas le recul nécessaire pour voir que c’est mauvais ou dangereux ? Font-ils déjà une véritable différence entre fiction et vie réelle ? Veulent-ils de l’adrénaline ? Je n’en sais rien. Mais qu’une maison d’édition se décide à publier quelque chose comme ça me choque.

Pour vous faire une parenthèse plus personnelle, j’ai déjà lu des fanfictions M/M très dark, très trash. Il y avait à peu près tous les TW qui sont cités au-dessus. J’en lis depuis que j’ai 11 ans, et je suis habituée à la dark romance très sombre, à la manipulation etc.. Pourtant, je n’ai jamais ressenti autant de malaise que face à ce livre. Et je sais pourquoi. Ici, la psychologie des personnages n’est pas développée. Le cadre n’est pas construit. Rien ne dit que les choses ne doivent pas se passer comme ça. Rien ne montre que ce n’est pas normal. Dans toutes les histoires que j’ai pu lire, il y a toujours eu des phrases, même anodines, qui expliquaient clairement que le comportement n’était pas acceptable, ou autre. Il y avait des chapitres longs comme un texte de loi pour dire pourquoi ce n’était pas bien. Les personnages réfléchissaient, mettaient du temps avant de prendre une décision, ou de tenter de pardonner. Et les plus mauvais chercher à devenir meilleur. Et je ne l’ai pas eu ici. Je ne me suis attachée à personne, je n’ai vu que les défauts du bouquin. Ici, tout est accepté, on tolère les dérives les plus inacceptables.

Je suis en colère face à cette histoire et je ne sais pas comment lutter contre ce genre de publication. Ce n’est pas normal que n’importe qui puisse ce genre de trucs et que rien ne soit indiqué sur les couvertures. On ne peut plus faire confiance aux éditeurs pour faire le tri entre ce qui va et ce qui ne va pas. Alors, en dehors du fait de tourner le dos à cette littérature, je ne sais pas quoi faire. Je ne lis que peu de romance New Adult car cela ne m’apporte rien et parce que ce n’est pas mon style d’histoire. Je ne m’y retrouve pas. Je préfère cent fois me tourner vers les romances qu’on peut encore trouver sur le vieux skyblog ou sur wattpad (en cherchant très très bien, parce que le meilleur n’est jamais mis en valeur) plutôt que de devoir me confronter à nouveau à ça. Encore une fois, je ne comprends pas qu’un éditeur valide ces propos et qu’il mette ça sur le marché. Mais bon, vu que le plagiat avéré, le vol de propriété intellectuelle, le manque de respect vis à vis des lecteurs, vis à vis de la femme en tant que telle, n’arrête pas Hugo Roman, j’imagine que rien ne pourra le faire.

A nouveau, merci de m’avoir lu jusque là et, promis, mes prochains articles seront bien plus joyeux. Au programme, du feel good, des messages positifs et un peu d’évasion ou de survie. Des bisous à tous, prenez soin de vous, de vos proches, et ne vous laissez pas berner par cette « littérature » à vomir.

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