Tous debout – A. Marot & C. Van Wilder

Ce roman est sorti en mars chez Hugo New Way. S’il me tentait de prime abord, j’avais vu passer quelques avis incisifs et j’étais donc un peu méfiante avant de me lancer. Et… à juste titre !

Résumé : Quand les élèves d’un lycée lèvent le poing pour défendre leur camarade sans-papiers bientôt expulsé… D’un côté, il y a Anton, un jeune homme banal en apparence. Pourtant, le soir, il se cache derrière le pseudo de Gossip Boy pour jouer les justiciers sur Tumblr (et balancer les pires ragots du bahut). De l’autre, il y a Méloée, une jeune fille passionnée et pleine d’énergie, qui craque sur Rahim, le petit nouveau au lycée. Sous ses airs de garçon sans histoires, le mystérieux Rahim se retrouve vite au centre de toutes les attentions. Surtout lorsqu’Anton découvre qu’il est sans- papiers… une révélation de choix pour Gossip Boy ! Plus croustillant encore, ce dernier tromperait la pétillante Méloée avec Mathis…. Bientôt, les événements prennent une tournure qui les dépasse. Rahim sur le point d’être expulsé, les élèves doivent mettre leurs différends de côté pour faire cause commune. Avec Méloée en tête de cortège, le lycée devient un territoire de lutte. Barricadés derrière les grilles, tous lèvent le poing pour défendre Rahim. Dans cette cohabitation forcée, les langues se délient, les secrets éclatent au grand jour. Pourtant, pour la première fois, chacun doit affirmer haut et fort ses valeurs. Jusqu’où seront-ils prêts à aller pour défendre leurs idéaux ?

Avant toute chose, je vous conseille fortement de jeter un œil sur les threads Twitter et les stories Instagram qui sont encore visibles, avec les avis des personnes concernées. Elles vous diront les choses avec beaucoup plus de justesse que moi. Leur parole est bien plus importante que la mienne. Elles pourront avec précision vous pointer du doigt tout ce qui ne va pas ici. Et je pense qu’il est très important de s’informer et de les écouter, pour ne surtout pas garder en tête toutes les bêtises qui ont pu être assimilées au cours de cette lecture. Je vous joins donc ici un thread qui regroupe la plupart des posts et des discussions autour de ce livre : https://twitter.com/zuttosama/status/1376576723832209415?s=21 Merci à toutes ces personnes d’avoir pris de leur temps et d’elles-mêmes pour décortiquer ce livre (et merci pour m’avoir ouvert les yeux sur beaucoup de soucis. C’est grâce à elles que j’ai pu comprendre les problématiques et finalement m’éduquer sur beaucoup de sujets. Sans elles, j’ai malheureusement peur de devoir avouer que je serais passer à côté de certains points qui sont pourtant super importants).

Pour commencer par le positif, j’ai trouvé la plume très fluide et entraînante. On ne voit pas vraiment de démarcation, on ne sait pas qui a écrit quoi et le fait que ce soit un roman à quatre mains n’est pas évident. L’histoire se lit donc très vite, le style est agréable et l’intrigue a le mérite d’aller vers l’avant et de ne pas traîner. On ne perd pas de temps avec des descriptions, on fait dans le concret et c’est ce que j’aime dans ce genre de roman. Je veux que ce soit rapide et facile à lire.

Seulement, ces ondes positives sont teintées de négatif sur plusieurs points et ça a clairement fait flancher la note. Tout d’abord, plusieurs scènes m’ont franchement surprise, et pas dans le bon sens. L’une d’entre elles en particulier m’a semblé un peu déplacée, un peu de trop, surtout dans ce contexte. Elle arrivait comme un cheveu sur la soupe, n’avait pas d’intérêt en tant que telle et bon, rien n’allait. C’était gênant à lire comme à penser. Je ne comprends pas du tout qu’on puisse avoir l’idée d’intégrer une scène de sexe de la sorte au milieu de ce roman, surtout que ça ne s’y prête absolument pas. Et puis, faut voir les conditions, les pensées des protagonistes … rien n’allait !

Les relations entre les personnages étaient aussi un peu étranges. On nous parle de meilleurs amis qui, finalement, ne semblent pas l’être, de personnages qui se plaisent pour que ça ne soit en fait pas le cas… L’ensemble donnait un côté un peu brouillon et je n’ai pas su m’attacher à eux. On retrouve du triangle amoureux qui n’est pas exploité mais qui m’a semblé mal joué, des caractères qui manquent de profondeur (peut-être à cause de la longueur du roman)… Puis surtout des évolutions rapides qui n’ont pas parfois pas vraiment de sens. Les personnages sont très clichés, sous tous les angles et je n’ai pas pu m’attacher à l’un d’eux.

On se retrouve plusieurs fois confronté à des réflexions blessantes, qui ne font pas sens. J’ai dû relire certains passages pour être sûre d’avoir bien compris, et les associations d’idées qui sont proposées m’ont paru très étranges. Clairement, l’un des personnages a un mauvais fond et c’est lui qu’on met en avant, pour qui on est censé en tant que lecteur avoir de la peine. On a du white savior presque tout le temps (et c’est quand même dingue de pouvoir s’en rendre compte en étant blanc soi-même, mais je dois dire que ça saute quand même aux yeux, surtout avec quelques petites réflexions de la part de différents perso et avec le comportement de Mélolée).

On veut inclure la religion tout en utilisant seulement des clichés et des réflexions bateau (d’ailleurs, je pensais en premier lieu avant ma lecture que le côté religieux était bien plus exploité, que le personnage concerné était pratiquant. Que nenni. Les assemblages d’idées m’ont paru étranges, les comportements aussi. Et c’est quand j’ai lu les témoignages des personnes concernées que j’ai compris où était le véritable souci). D’ailleurs, ce fameux personnage, Rahim, n’a pas le droit à son point de vue. Pourquoi ? C’est lui l’élément clé de l’histoire. On ne lui donne pas la parole et chaque personnage se dépêche de lui voler son histoire. Il n’a pas son mot à dire et c’est bien dommage.

On a quelques TW au début du bouquin, pourtant rien n’explique que les pensées des protagonistes soient mauvaises, surtout quand il s’agit des pensées de Anton et que ce dernier s’approprie finalement une histoire qui n’est pas la sienne simplement pour ne pas passer pour un enfoiré. A aucun moment on ne remet en question sa vision des choses, on passe dessus et on ne s’y attarde pas. Il y avait pourtant beaucoup à faire à son sujet. Ce mec est un envieux égoïste, raciste, égocentrique et j’en passe, il fait chanter tout le monde dans son lycée, mais il évolue en trois jours et pif pouf on oublie tout ce qu’il a fait. Pas crédible non ?

Plusieurs fois on se retrouve confronté à des explications erronées. Je n’ai personnellement pas compris les définitions et les exemples qu’on nous donnait. Ils sont maladroits, ça c’est certain, et il suffit simplement d’avoir suivi ses cours d’histoire-géo de la 6ème à la 3ème pour comprendre pourquoi. J’étais larguée et j’ai dû faire de rapides détours sur internet pour avoir de vraies définitions.

On a aussi un énorme manque de crédibilité. Très franchement, tout ce qui se passe dans le roman est irréaliste, que ce soit les réactions des élèves comme des adultes. Et ça, par contre, n’importe qui est capable de le juger et de s’en rendre compte. Les CRS ne réagissent pas comme ça et il suffit d’écouter une seule fois les infos pour le savoir. Un père de famille ne va pas réfléchir comme c’est proposé ici. Genre absolument pas.

Pour revenir vite fait sur les personnages, Méloée est une fille clairement antipathique, elle m’a soulé à plusieurs reprises. Elle empêche Rahim de faire ses propres choix, prenant la parole sans cesse. C’est elle qui décide de tout… Méloée s’offusque contre tout, contre ses parents, comme les pensées des gens, mais elle a peu de cohérence si on la suit sur tout le roman. Elle veut tout contrôler et tout faire à sa sauce, c’est la donneuse de leçon par excellence et elle boude quand ce n’est pas le cas. Sous couvert de pseudo féminisme qui disparaît progressivement au fil de l’histoire, on voit au final un personnage plutôt creux dont les fondations sont branlantes.

Anton, je n’ai même pas envie de revenir dessus. Egoïste et égocentrique, toutes les réflexions qu’il peut se faire sont parfaitement racistes et j’en passe. Les choix concernant les histoires et les passifs de chaque personnage sont assez spéciaux et particuliers. Je comprends bien l’idée de ce qu’on veut dénoncer de prime abord, mais c’est bourré d’amalgames. Au final, les gens vont peut-être ressortir de là avec des idées fausses en tête, et pour un bouquin qui veut parler de tolérance et d’acceptation des autres c’est bof.

Bref, ça se passe clairement de conclusion.

Je remercie Babelio pour m’avoir permis de découvrir ce roman, malgré mon avis incisif et ma grosse déception.

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