Mathis contre le reste du monde – A. Ordan

Ce roman est un one-shot plutôt psychologique qui sort le 3 mars aux éditions Teen Spirit (bookmark).

Résumé : Parfois, les secrets deviennent moins lourds à porter quand on a quelqu’un avec qui les partager. Mathis aime : frôler la mort, écrire des histoires de serial killers et, surtout, qu’on s’abstienne de lui parler. Ce qu’il déteste ? Tout le reste ! De sa prof principale, au lourd secret qu’il est obligé de garder pour protéger son père, sans oublier Théo et son homosexualité de malheur. Théo et sa capacité à discourir de tout, Théo et sa façon de le faire sortir de sa bulle, Théo et sa dyslexie qui pousse Mathis à passer plus de temps avec lui pour l’aider… Théo qui est en train de chambouler toute sa vie, alors qu’il n’a rien demandé à personne ! Pourtant, quand certains secrets sont trop lourds à porter, il peut être bon de s’en délester pour refaire enfin surface. Ou peut-être que, au contraire, les abîmes deviennent plus profonds lorsque l’on décide de s’ouvrir à quelqu’un…

TW (à surligner) : automutilation, violence physique, homophobie, dépression, troubles alimentaires, maladie mentale, suicide

Difficile de parler de ce roman car je suis encore un peu confuse. Je ne m’attendais pas du tout à ce style d’histoire. On est clairement dans une ambiance très sombre, et avec le beau soleil et les chaudes températures à l’extérieur, je dois avouer ne pas être du tout dans le mood pour lire ce genre de roman. Si vous avez jeter un œil aux TW, vous comprendrez qu’effectivement, l’histoire promet d’être lourde émotionnellement. Point positif toutefois, un avertissement est présent au début du roman pour que les lecteurs sachent dans quoi ils s’embarquent. Je ne pensais toutefois pas que ce serait aussi intense.

Bad luck pour moi qui aime le suspens, toutes les révélations sont disponibles dans la première partie de l’histoire (environ 30% du livre). Même si on s’en doute un peu quand on commence la lecture, j’aurais apprécié qu’elles soient un peu plus étalées dans le temps. De plus, je n’ai pas vraiment accroché au personnage principal, Mathis. Je n’ai pas du tout la même vision des choses, ni sa patience, ni rien en commun en fait. Impossible pour moi de le cerner et de l’apprécier. Alors bien sûr, il a des ‘circonstances atténuantes’ qui expliquent ce tempéramment et sans doute que d’autres lecteurs le comprendront bien mieux que moi. Mais le caractère taciturne et ‘pseudo solitaire’ de Mathis a été compliqué à suivre. Son évolution est présente, cela dit. Elle est belle et bien existante, mais je ne l’ai pas forcément trouvé toujours crédible par rapport au Mathis du début.

Les autres personnages détendent davantage l’ambiance et heureusement qu’ils sont là. Naomi apporte beaucoup de clarté au récit, elle est rayonnante, souriante, toujours prête à aider et à faire au mieux. C’est un personnage plus vivant, tout comme Varan et Théo, chacun à leur façon. Ce trio est complémentaire et l’on ressent les défauts et les qualités de chacun, ce qui a été un gros plus pour moi durant la lecture. Malgré tout, je déplore un peu l’idée d’avoir donné à deux d’entre eux un passif un peu lourd, que l’on découvre également au début de l’histoire. J’ai eu cette impression d’ajout uniquement pour rendre l’ambiance et l’histoire plus profondément sombres, ce qui n’était pas nécessaire avec un personnage central comme Mathis. Cela fait ‘trop’ à mon goût et rendait les choses finalement moins crédibles, surtout qu’elles étaient limite là comme anecdotes et donc pas nécessaires à l’histoire.

J’ai également trouvé que le récit était long, mais qu’il se lisait vite. Un peu contradictoire, je vous l’accorde. En fait, ça me change des histoires pleine d’action et d’aventure. Ici c’est beaucoup plus psychologique, on s’attarde sur les personnages, leur façon de penser et d’agir, leur évolution etc… Et je dois dire que je ne pensais pas du tout à ça avec le résumé, bien au contraire. Pour un lecteur averti, qui souhaite réellement jouer sur la psycho, c’est tout bénef.

Personnellement, j’ai eu aussi du mal avec la transition dernier chapitre – épilogue. J’aime que l’on ait une véritable conclusion, mais je la trouve trop rapide en comparaison avec le rythme initial du récit. De plus, certaines décisions prennent 150 ans et sont ‘cassées’ par d’autres évènements qui me semblent +/- logiques selon le point de vue que l’on adopte. Je suis donc plutôt mitigée, je n’arrive pas trop à me positionner.

Point positif toutefois pour les discussions et explications concernant différents panels de la sexualité, notamment sur la pansexualité. Je vous avoue ne pas m’y connaître suffisamment pour pouvoir vous dire si oui ou non c’est bien expliqué, si ça fait sens ou autre. Toujours est-il qu’on a un personnage qui se cherche et qui va accentuer ses recherches et ses pensées sur le sujet. D’ailleurs, on prend notre temps là-dessus, ce n’est pas établi en trois lignes et c’est plutôt cool. La recherche d’identité, d’acceptation, couplée aux autres problèmes auxquels Mathis doit faire face sont centrales dans ce récit. Ce n’est pas la romance qui est au centre de l’histoire, comme je le pensais au départ. Et en fait, vu que le livre vient de la collection Teen Spirit, c’est assez logique. On s’adresse à un public +/- jeune, possiblement en plein questionnement sur le soi-même.

L’écriture est simple, je n’ai pas eu de véritable accroche avec cette dernière, sans doute trop concentrée sur les difficultés que j’avais à apprécier Mathis. Toutefois, elle ne propose pas d’entourloupe et pour le public visé, c’est clairement l’idéal. Elle se fait comprendre, ne passe pas par quatre chemins pour dire les choses.

Fort heureusement, nous avons quelques moments de détente, qui permettent de souffler et de ne pas être constamment dans le sombre. Je vous avoue qu’il s’agit des scènes que j’ai préféré. Elles se lisaient avec plus de facilité et d’entrain. Je constate qu’en effet, j’ai véritablement besoin de légèreté dans mes lectures en ce moment. J’aurais sans doute beaucoup plus apprécié ce livre si j’avais été dans un autre mood. Toutefois, je dois dire aussi que c’est le genre de récit que j’aurais adoré étant ado. J’aimais énormément tout ce qui était sombre et les accumulations ne me dérangeaient pas. C’est clairement une histoire qui aurait plu de A à Z à mon moi ado.

Pour mon moi actuel, c’est plus difficile. Je vois des incohérences ou des facilités (pour ne pas surcharger davantage le récit, ou pour ne pas avoir à y ajouter 90 pages, pour pouvoir faire évoluer une situation particulière etc..). Seulement, l’une d’entre elles me gêne pas mal car je trouve qu’elle ne véhicule pas le bon message. Toutes les situations ne se règlent pas aussi facilement et pour quelqu’un en détresse, je ne suis pas sûre que ce soit l’idéal. Explications qui spoilent dans le paragraphe en dessus : je vous le mets en blanc et je vous laisse surligner, comme ça, ceux qui ne veulent pas le lire ne tomberont pas dessus sans le vouloir et savent où reprend la partie non spoilante.

Le père de Mathis est violent car atteint d’une maladie mentale non soignée. Bon déjà, c’est pas dingue amené comme ça, et j’ai eu du mal car ça manque de contexte et on part sur le cliché de la schizophrénie. On donne une vision qui fait peur de cette maladie, d’autant plus avec d’autres éléments inclus plus tôt. Déjà, un peu malaisant. Mathis encaisse les coups, n’en parle à personne, mais ça se voit vu qu’il est h24 couvert d’hématomes. Ceux qui l’ont deviné ne font rien, n’alertent pas les autorités ni rien car il est majeur. Finalement, après des pages et des pages, Mathis se laisse convaincre d’appeler les services de santé pour que son père soit pris en charge. Et le jour J, son père a un ‘élan de lucidité’ et se suicide. Un peu ‘facile’ comme coïncidence. De plus, je n’ai pas ressenti d’émotion de la part de Mathis. Tristesse, soulagement ? Rien.

J’aurais préféré une autre approche de la maladie mentale, de façon à ce qu’elle alimente le récit vers de la prévention ou de l’aide. Un personnage battu qui s’en sort parce que le ‘bourreau se suicide’ n’apporte pas grand-chose à des potentiels lecteurs en difficulté. Bien que ça ne soit pas l’intrigue centrale, il aurait été bien de faire les choses différemment. Insister pour une prise en charge plus rapide, mettre Mathis sur le fait accompli, quitte à ce qu’il se braque et surtout, surtout, mettre des numéros d’aide à la fin. Autant pour en savoir plus sur les maladies mentales que sur les différents spectres de la sexualité pour ceux qui se cherchent, des numéros pour ceux qui sont victimes d’homophobie, des numéros pour ceux qui sont victimes de violence au sein de leur foyer ou en dehors etc… Un ensemble de coordonnées d’aide de toute sorte pour ceux qui en ressentiraient le besoin.

Bref, pour moi c’est très maladroit comme choix, car le message final reste ‘bah t’attends que ton bourreau meurt pour évoluer’ et c’est vraiment mauvais quoi.

Fin de la partie spoilante. Mais bref, du coup j’en ressors assez dubitative. Il y a du bon, mais je ne peux m’empêcher de rester sur les points négatifs qui sont ressortis à mes yeux. Je pense qu’il s’agit surtout de maladresses et de raccourcis pris pour cibler le public. Il me tarde de pouvoir en discuter avec les autres lecteurs et de connaître vos propres avis sur ce roman. La couverture est vraiment magnifique, et l’histoire avait beaucoup de promesses qui ne sont finalement pas comblées

Un grand merci aux éditions Bookmark pour l’envoi de ce roman.

Quelques liens importants :

Sos homophobie : https://www.sos-homophobie.org/
Différentes associations nationales LGBT+ : http://www.adheos.org/associations-homosexuelles-nationales
Sos violence : http://agena.org/?page_id=88
Sos violence : http://couplesetfamilles13.fr/consultations/sos-violence/
Sos écoute : https://sosecoute.fr/
Fondation FondaMental : https://www.fondation-fondamental.org/

2 réflexions au sujet de “Mathis contre le reste du monde – A. Ordan”

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